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94% des participants

affirment que Landmark a marqué une différence profonde et durable dans leurs vies.

Le retour de Werner Erhard

Par PETER HALDEMAN, 28 NOV. 2015

Un homme aux cheveux gris vêtu comme un serveur (gilet et pantalon de couleur foncée) arpente les rangées de bureaux d’une salle de conférence de Toronto. « Pour être un dirigeant, il faut se détacher de cette personne qu’on appelle « je » ou « moi », crie-t-il. « Cette entité au fond de moi autour de laquelle le monde tourne n’est peut-être pas si centrale que ça ! »

Il s’arrête pour s’essuyer le front à l’aide d’une poignée de serviettes en papier. Une assistante se tient prête, microphone en main, mais il la congédie d’un geste de la main. « Le but de la vie n’est peut-être pas de s’occuper de soi-même, mais de la transcendance de soi ! Cela vous pose un problème ? »

Cela ne pose aucun problème aux personnes présentes. Les bureaux sont occupés par 27 universitaires du monde entier, chacun portant une étiquette à son nom. Au cours de la journée, certains d’entre eux prendront le micro pour faire des commentaires en réaction à ses déclarations. Leur instructeur les qualifie de « coupeurs de cheveux en quatre », mais aucune de ses théories ne pose problème à ses auditeurs.

De bien des manières, cet atelier de trois jours, « Créer des meneurs de groupes », rappelle une session de formation EST. Comme pour cette référence culturelle des années 70, la session est ponctuée de « partages » et d’applaudissements, de confrontations et d’embrassades, de formules lapidaires vite dissipées : « Nous devons distinguer la distinction » ; « Il n’y a pas de vision, seulement des voyants » ; « Il n’y a pas d’il y a ».

Mais cet événement est bien plus civilisé que l’EST. On peut se rendre aux toilettes. Personne ne se fait insulter par le formateur.

Il est important de le noter, car le formateur n’est autre que le créateur de l’EST, Werner Erhard.

Voilà qui sonne le glas du concept de F. Scott Fitzgerald selon lequel il n’y a pas de deuxième acte dans les vies américaines.

« Je suis persuadé du contraire », déclare M. Erhard quelques semaines après sa formation de Toronto sur le leadership. « Je suis convaincu que chaque personne qui a quitté cette salle a entamé son deuxième acte ». C’est sans compter l’instructeur qui, à 80 ans, en est maintenant à l’acte 3 ou 4.

Il fut un temps, mes enfants, la décennie du Moi comme l’appelait Tom Wolfe, où papa et maman portaient des bagues d’humeur, participaient à des groupes de rencontre et passaient le plus clair de leur temps à se regarder le nombril. Si le soi-disant mouvement du potentiel humain pouvait être incarné, il le serait par Werner Erhard.

EST (du verbe latin « est », sigle de Erhard Seminars Training) était un composé de bouddhisme zen et de Dale Carnegie à parts égales. Les élèves aspirants de l’EST se pressaient dans des salles de réception d’hôtels dans le pays tout entier pour participer à des sessions de formation éprouvantes, au cours desquelles ils négligeaient de prendre leurs repas et d’aller aux toilettes pour prendre le contrôle de leur vie et « comprendre » en comprenant qu’il n’y avait rien à comprendre.

Diana Ross, Joe Namath, Yoko Ono, Jerry Rubin et plusieurs centaines de milliers d’autres étudiants ont compris. Newsweek a oint M. Erhard « gourou des stars, vendeur de connaissance au détail ». Certains doutaient de lui. Pour le magazine New Times, M. Erhard était « le roi des voleurs de cerveaux ».

Les critiques se sont amplifiées au même rythme que l’EST. L’organisation, qualifiée de secte, fut accusée d’exercer un empire sur les esprits (injures, manque de sommeil), d’être une escroquerie qui exploitait ses membres (recrutement massif, « séminaires avancés » à n’en plus finir).

Le passé trouble de M. Erhard, digne de Don Draper, a fait couler beaucoup d’encre : ses débuts de concessionnaire automobile à Philadelphie, son intérêt pour Mind Dynamics et la Scientologie, l’abandon de sa première épouse et de leurs quatre enfants pour se réinventer sur la côte ouest.

Son nom même n’est pas authentique : il l’a tiré d’un article d’Esquire qu’il a lu dans l’avion pour la Californie. (« The Men Who Made the New Germany » mentionnait Ludwig Erhard, ministre de l’Économie, et Werner Heisenberg, scientifique spécialiste de l’atome.) Le nom de naissance de M. Erhard est Jack Rosenberg.

En 1985, il a remanié l’EST pour créer le Forum, version édulcorée de la formation, axée désormais davantage sur la réussite. « Dans les années 80, les gens ont commencé à réfléchir davantage, ce qui a permis un style moins frontal », a-t-il déclaré. Pourtant, des accusations de fraude fiscale, des poursuites judiciaires et un divorce pénible d’avec sa seconde épouse ont continué à valoir à M. Erhard les gros titres dans les médias.

En 1991, c’est l’explosion. En mars de cette année, en parallèle aux accusations de fraude fiscale lancées contre lui par le fisc, l’émission « 60 minutes » a diffusé un reportage mettant en scène M. Erhard comme un père et un mari violent ayant fait subir des sévices sexuels à deux des filles issues de son second mariage. Peu avant la diffusion de l’émission, il avait vendu le Forum à un groupe d’employés, donné son chien danois à un ami et quitté le pays.

« 60 Minutes » a eu raison de ma réputation », éructe M. Erhard entre deux gorgées de thé vert Dragon Well Supreme et une poignée de cachets qu’il prend pour différents soucis de santé. (Il ne peut pas s’empêcher de parler fort, déformation professionnelle sans doute.)

Il a pris l’avion de Toronto et réservé une suite à l’hôtel London NYC avec sa troisième épouse hollandaise, Gonneke Spits, pour voir des amis, faire quelques affaires et se rendre chez son chiropracteur et son tailleur préférés. Mais sa visite à New York avait également pour but une rencontre avec un journaliste. C’est le seul article qu’il s’est autorisé en plus de 20 ans.

« Je devais manifestement abandonner mon travail, sous peine de voir mes efforts réduits à néant », déclare M. Erhard au sujet de son exil volontaire.

Mais c’est l’Église de Scientologie qui l’a véritablement contraint à fuir son pays. Selon M. Erhard, les allégations proférées dans « 60 Minutes » ont parachevé une campagne de dénigrement organisée par des responsables de la Scientologie à son encontre pour le punir de leur avoir soustrait des clients et des idées.

« L. Ron Hubbard voulait ma peau, c’est clair et net », déclare-t-il. « D’après la doctrine scientologue, cela signifiait me détruire financièrement, socialement et écraser ma réputation. »

Ces faits sont bien antérieurs à la parution du livre et à la sortie du documentaire « Going Clear », qui ont exposé au grand jour certaines des pratiques les plus sombres de la Scientologie. Toutefois, en 1991, un article du Los Angeles Times a expliqué la manière dont l’Église a piégé « Erhard, l’homme à abattre » en ayant recours aux services d’au moins trois détectives privés pour fouiller dans son passé et relayer leurs trouvailles juteuses aux médias. L’un d’eux, Alan Clow, a déclaré avoir fait part de ses découvertes à « 60 Minutes ».

Quant aux services fiscaux, M. Erhard les a poursuivis en justice (et a obtenu 200 000 USD de dommages-intérêts) pour l’avoir accusé à tort d’évasion fiscale.

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Sa fille qui l’avait accusé de violences s’est rétractée et a admis avoir menti pour obtenir une avance sur un livre. D’autre part, un article du Believer a révélé que le reportage de « 60 Minutes » contenait tant d’incohérences que CBS l’a supprimé de ses archives publiques.

Après avoir quitté le pays, M. Erhard s’est installé chez un ami à Tokyo avec, déclare-t-il, « seulement quelques dollars en poche ».

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Il avait conservé les droits commerciaux du Forum au Japon, et pendant plusieurs années a organisé des séminaires de « Maîtrise » à l’intention des entrepreneurs confrontés à la crise financière du Japon du début des années 90. Il a également fait office de consultant chez Landmark, successeur du Forum, dirigé par son frère, Harry Rosenberg.

En 1996, M. Erhard a été frappé d’une mystérieuse maladie débilitante. Un ami l’a recommandé à son docteur sur les Îles Caïmans, qui a diagnostiqué le virus d’Epstein-Barr. M. Erhard a passé sa convalescence sur l’île de Grand Cayman, où lui et Mme Spits (ancien cadre d’EST) ont acheté une villa à George Town, où ils demeurent lorsqu’ils ne sont pas en déplacement.

Pendant plusieurs années avant sa dernière réincarnation professionnelle, M. Erhard a offert ses services de consultant pour des entreprises et des agences gouvernementales comme le programme éducatif russe Znaniye Society et une organisation à but non lucratif soutenant le clergé irlandais.

Puis l’économiste de Harvard Michael Jensen est entré en scène. Le Dr Jensen, célèbre dans les cercles financiers pour sa défense des concepts de valeur pour l’actionnaire et des options d’achat d’actions, avait suivi une formation Landmark à Boston sur le conseil de sa fille, qui a elle-même pu rétablir des relations paisibles avec son père après avoir participé à la formation.

« J’ai réalisé que nous devions essayer d’intégrer ce genre de formation transformationnelle au sein des universités », a-t-il déclaré, en ajoutant qu’il considérait M. Erhard comme « l’un des grands intellectuels de notre siècle ».

En 2004, avec l’aide d’un responsable Landmark, le Dr Jensen a développé une formation expérimentale sur l’intégrité dans le leadership à la Simon Business School de l’Université de Rochester. Cette formation, offerte pendant cinq ans, a été animée par M. Erhard durant la troisième année. Depuis, elle a été proposée dans plusieurs universités dans le monde entier et à l’United States Air Force Academy.

En ce qui concerne les concepts philosophiques de la formation, M. Erhard a quelques difficultés à la décrire sans avoir recours à un vocabulaire sibyllin (« pédagogie ontologique », « action pour corréler l’événement présent »).

Assis en face d’un parc d’ordinateurs dans sa chambre d’hôtel, il lit des extraits du livre de cours de 1 000 pages sur lequel il travaille : « En tant que concepts linguistiques abstraits, le dirigeant et le leadership créent des dirigeants et un leadership offrant tout un monde de possibilités qui mettent à votre disposition, à vous, le leader, toutes les configurations de l’être possibles ».

Pour résumer, cette formation, née de l’idéologie du Forum et du philosophe allemand Martin Heidegger, s’intéresse à l’expérience et non aux connaissances de l’individu. Les étudiants apprennent des principes tels que l’intégrité et l’authenticité pour agir en tant que dirigeants et non simplement acquérir des connaissances sur le leadership.

Ses défenseurs sont persuadés que cette formation peut avoir une influence dans les milieux universitaires comme à l’extérieur. « Le gouvernement devrait en faire usage », a déclaré Paul Fireman, ancien PDG de Reebok qui a eu recours aux services de consultant de M. Erhard sur ses travaux récents. (M. Fireman affirme que le cours de l’action de Reebok est monté en flèche « de l’ordre de 6 ou 7 USD pour atteindre 25 à 30 USD » après avoir fait suivre la formation de Landmark à ses employés.)

Landmark, pour laquelle M. Erhard continue de développer de nouveaux programmes, est bien plus largement acceptée que l’EST. Selon Harry Rosenberg, 130 000 personnes par an suivent actuellement ses programmes, disponibles sur tous les continents, hormis l’Antarctique. Les entreprises l’utilisent bien plus que l’EST ou le Forum. Outre Reebok, ses clients comprennent Microsoft, NASA et Lululemon.

Cependant, l’accent mis par M. Erhard sur la responsabilité personnelle, sur l’être plutôt que sur les connaissances, est intégré dans les ateliers Landmark. « Tous les programmes de Landmark reposent sur les idées et la méthodologie développées par Werner », a déclaré M. Rosenberg. « L’intention de base demeure ».

De fait, M. Erhard a laissé son empreinte sur la culture en général. Lucy Kellaway a expliqué dans le Financial Times que son influence « s’exerce bien au-delà des quelques millions de personnes qui ont suivi ses formations : presque tous les livres sur le développement personnel et les programmes de formation à la gestion empruntent certains de ses principes ».

Quant à dire si c’est un point positif, cela dépend probablement de l’opinion que chacun a au sujet de ces livres et programmes.

« Erhard a su nous faire avaler que la fin justifie les moyens », a déclaré Steve Salerno, auteur de « Sham: How the Self-Help Movement Made America Helpless ». « Ce concept est en partie responsable de ce que j’appelle le bonheurisme. Si son propre bonheur est tout ce qui compte, tous ceux qui se mettent en travers de la route deviennent des déchets à balayer pour atteindre la perfection. »

Ce genre de critique ne trouble aucunement M. Erhard. Il a connu bien pire. À plus de 80 ans, il est totalement absorbé par sa dernière mission en date : outre la rédaction de son manuel, il se consacre à donner 10 heures de cours par jour et à enseigner trois formations par an.

Il a connu plusieurs soucis de santé, notamment une septicémie suite à laquelle il a dû réapprendre à marcher (une minuterie dans sa chambre d’hôtel lui rappelle de faire quelques pas toutes les demi-heures), mais il travaille toujours six jours par semaine.

Il écoute de la musique en écrivant : Renée Fleming, le compositeur serbe Stevan Mokranjac, Sérgio Mendes. « Vous allez adorer », assure-t-il en parcourant la playlist d’un de ses ordinateurs. « Gonneke ! On a ‘Brasileiro’ là-dessus ? »

Son épouse, une élégante blonde platine sur laquelle M. Erhard se repose pour gérer le quotidien, l’aide à trouver l’album de Mendes en question. Le son du surdo brésilien d’un orchestre de batucada emplit la pièce.

Lorsqu’il ne travaille pas, le couple voyage. Tokyo, Amsterdam et Londres sont ses destinations de prédilection, sans oublier Hawaï et la côte ouest, où demeurent les sept enfants de M. Erhard. Il explique être très proche de quatre d’entre eux, et bien s’entendre avec les trois autres.

Grand-père de onze petits-enfants, il est actuellement préoccupé par l’effet anesthésiant de la technologie numérique sur les jeunes. Emballé par le sujet, il lit un autre extrait à haute voix, tiré cette fois d’un essai compliqué d’Heidegger appelant à « un comportement envers la technologie exprimant simultanément le oui et le non ». « Cette génération paie un prix énorme », déclare M. Erhard. « Elle perd le contact avec son humanité. »

Garder le contact avec sa propre humanité semble constituer le plus grand défi de M. Erhard. Sur l’écran d’un autre ordinateur, on peut voir flotter le mot « impeccabilité », rappel visant à « traiter tout ce que je touche avec prudence », ajoute-t-il. S’il a appris certaines leçons à la dure, il n’y a peut-être pas de manière douce.

M. Erhard se penche : « Voilà comment ça fonctionne », confie-t-il à mi-voix, mettant ses cordes vocales au repos. « Lorsque je manque d’intégrité, je deviens manifestement moins grand en tant qu’être humain. Mais il faut bien se rappeler que l’intégrité est une montagne sans sommet. »

La sonnerie retentit. Il se lève et s’étire pour faire de nouveau le tour de la pièce. Une version de cet article est parue dans la presse écrite le 29 novembre 2015, à la page ST19 de l’édition nationale sous le titre : Werner Erhard

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